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Déodat de Séverac est l'une des
personnalités les plus touchantes de la musique française au
tournant du XXe siècle.Il compte certainement parmi
les compositeurs les plus significatifs de la génération de
Debussy, Dukas, Faurlé ou encore Ravel. Né à Saint-Félix en
Haute-Garonne le 20 juillet 1872 et mort à Céret dans les
Pyrénées-Orientales le 24 mars 1921, l'artiste partage sa courte
carrière entre sa ville natale, où son père, peintre talentueux,
l'initie à la musique et aux beaux-arts, et lui transmet très
tôt cetz amour du terroir qui courtdans tute son oeuvre, Sorèze
où il fréquente la prestigieuse école des Dominicains, Toulouse
ensuite, où sur volonté de son père il s'inscrit ewn faculté de
droit tut en prenant des cours de musique au Conservatoire, puis
Paris où il suit pendant quelque dix ans l'enseignemnt de la
Schola Cantorum, avant de regagner son cher Midi, plus
précisément Céret, La Mecque du cubisme, où il s'éteint trop tôt
à l'âge de 49 ans.
Séverac a composé abondamment,
surtout durant ses études parisiennes sous la houlette de
Vincent d'Indy et d'Albéric Magnard. Partisan d'une musique
inspirée par la richesse de la Méditerrannée, il chante avec
amour les paysages et les hommes de son terroir. Ses partitions
se distinguent par leurs couleurs et leurs saveurs très
individuelles, enrichies par les parfums de la modalité
médiévale et de la musique populaire méridionale. Claude Debussy
disait de son oeuvre: «Elle sent bon, et on y respire à plein
coeur.». La critique de l'époque croyait en l'originalité de son
talent. Pour le compositeur Henri Sauguet, Debussy, Ravel et
Déodat de Séverac formaient le «trio de la nouvelle musique»
Malheureusement, la réputation de
Séverac a été ternie par sa retraite volontaire dans le Midi. En
1907, le compositeur quitte Paris et rentre chez lui en
renonçant à poursuivre une carrière qui s'annonçait pourtant
pleine de promesses. Désormais il se soumet aux caprices de sa
muse. Faute de temps, d'argent, par négligence aussi, de
nombreuses partitions ont totalement disparu ou alors n'ont
jamais vu le jour. D'innombrables pièces sont restées à l'état
de manuscrit, ce qui rend leur exécution difficile. Enfin il y a
toutes celles qui ont été publiées et qui attendent le bon
vouloir des interprètes, comme ces Tres Recuerdos éditées
par Salabert. |
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3 Recuerdos de España
Les Recuerdos appartiennent à
la même période créatrice que le Cortège catalan, période
durant laquelle le compositeur a élu domicile à Céret, dans les
Pyrénées-Orientales, dès 1907.
Séverac réunit sous ce titre trois
pièces hispanisantes qu'il intitule successivement I. Bentana de
amor (La fenêtre d'amour), II. Cantos de marineros
(chants des matelots) et III. Lola la abandonada (Lola la
délaissée). Inspiré par des contes et romances catalans, le
recueil fleur bon la musique populaire. Plutôt évocations que
souvenirs, les trois pièces pleurent des amours impossibles et
témoignent du désir du compositeur d'écrire une musique "simple,
claire", et surtout très expressive.
L'harmonie, réduite à sa plus juste
expression, se colore de nombreux triolets et de secondes
augmentées, typiquement espagnols, tandis que la mélodie,
empruntée à des romances catalanes populaires, s'épanche
librement.
Catherine Buser |